Histoire

bergeronnes autrefois panoramique

Le toponyme Bergeronnes nous ramène à l’époque de la Nouvelle-France. Les rivières des Bergeronnes furent visitées par Champlain en 1603. Leur nom apparaît dans ses descriptions du pays "De Lesquemin l'on passe près des Bergeronnettes (les rivières Bergeronnes), qui est à quatre ou cinq lieus, le travers il y a ancrage à demi lieu vers l'eau".

Il y a là deux rivières : celle des Petites-Bergeronnes avec une vallée et une plaine fertile et celle des Grandes-Bergeronnes, une rivière peu profonde qui se sépare en deux bras tout près de l’embouchure. Il ne s’y passe rien avant 1842 car sous l’ancien régime du Domaine du Roi installé à l’époque de la Nouvelle-France, on a interdit tout peuplement pour les non-autochtones.

histoire0 cepiaMais à compter de l’abolition du système à l’automne de cette année-là, différentes personnes vont s’intéresser au site. M. Thomas Simard occupait la rivière Petites-Bergeronnes depuis le 3 août 1843 en vertu d'une licence de coupe de 4000 billots et 4000 balles de foin. M. Simard était un homme d’affaires de La Malbaie qui s'est lancé dans la colonisation de la vallée des Petites-Bergeronnes et y a fait construire une scierie en amont de la rivière. Il revend le tout à son beau-fils quelques années plus tard. M. McPherson, gérant du poste de Tadoussac, écrivait le 15 septembre 1843: "Cet endroit est le principal point de rassemblement des indiens de Tadoussac pendant l'été et l'automne en vue de la chasse et de la pêche".

En 1846, les anciens employés que Thomas Simard avait engagé à Petites-Bergeronnes se tournent vers les perspectives qu'offre l'octroi de nouvelles terres et s'installent à Bon-Désir.

Grandes-Bergeronnes doit ses premiers habitants à la venue, en 1848, de Charles Pentland, ancien gérant de la scierie de l'Anse-à-l'Eau qui ouvre à son compte un moulin à scie et un moulin à farine. Des employés de la scierie à l'Anse-à-l'Eau le suivent. Tadoussac a été définitivement abandonné depuis 1946. Tout fut déménagé, la machinerie et même la chapelle qui fut reconstituée à Grandes-Bergeronnes et garda son vocable de Sainte-Zoé.

histoire1 cepia2Dans les décennies suivantes, on commence à s’organiser un peu mieux : la chapelle est rénovée et une paroisse se crée autour de quatre pôles : les Petites-Bergeronnes avec son petit peuplement agricole et sa scierie qui fonctionne plus ou moins régulièrement et les Grandes-Bergeronnes où quelques colons s’installent dans les années 1880. Un troisième secteur agricole se développe à Bon-Désir, du côté Est, un site reconnu de chasse aux loups-marins. Enfin un quatrième pôle, purement agricole, se développe avec l'ouverture de la « concession St-Joseph », une série de fermes développées dans l’arrière-pays.

Le village se développe à tel point qu’en 1889 un curé s’installe dans la chapelle rénovée. En 1897, le canton Bergeronnes cesse de faire partie du conseil municipal des Escoumins; une corporation municipale est mise sur pied. Une séparation survient en 1929 : il y aura une municipalité Canton Bergeronnes et une autre Bergeronnes Village. Dans les années 30, le village agricole des Bergeronnes vit un problème de surpopulation. Avec la crise économique, le travail forestier ralentit et beaucoup de jeunes vont s’établir plus au nord, à Ste-Thérèse-de-Colombier et à Manicouagan, où ils profitent de terres gratuites offertes par le gouvernement.

histoire2 cepiaDeux personnalités vont influencer profondément l’évolution plus récente du village. Le premier est le curé Joseph Thibeault, nommé en 1928, qui multiplie les initiatives pour moderniser le village. Il organise des conférences sur l’agriculture, démarre une ferme modèle et un poulailler. Pour faciliter les communications, il fonde même une compagnie aérienne : « Bergeronnes Air Service » avec pilote et avion! En manque de mécaniciens, il crée une école technique pour en former sur place.

Le curé suivant, dans les années 50, laisse aussi sa marque mais dans le domaine institutionnel. Donat Gendron agrandit l’école d’arts et métiers héritée du curé Thibeault et ajoute une école commerciale, puis un couvent avec un pensionnat. Il accumule les subventions avec succès. Dans les années 60, il parraine la levée de fonds pour ériger un Centre des loisirs et, par la suite, une résidence pour personnes âgées baptisée « Foyer Mgr-Gendron ». La création de la polyvalente dans les années 80 confirme la vocation institutionnelle du village.

Les années 80-90 voient l’entrée en scène massive du tourisme dans l’économie villageoise. Le village est un des premiers à se lancer dans les visites aux baleines. Il y aura plus tard la création du Centre Archéo Topo, un centre d’interprétation sur l’archéologie qui abrite aussi une marina.

Source : Pierre Frenette, historien, Baie-Comeau Romey Desbiens, enseignant